Yannick Dahan au Cabinet des Curiosités
Mon camarade et créateur du blog Desperate Zombie m’a chargé de réaliser un compte-rendu de l’intervention de Yannick Dahan au Cabinet des Curiosités pour la sortie prochaine de son film : La Horde.
« C’est dans le cadre branchouille-bon-genre d’un bar du 18e arrondissement que le Cabinet des Curiosités de Darkplanneur s’installe ce lundi soir afin d’y recevoir Yannick Dahan : journaliste, critique et désormais coréalisateur du très attendu La Horde. Pendant une bonne heure et demie, Yannick Dahan répondra aux questions de son hôte assis derrière lui, à la manière d’un psychiatre ; entouré d’un public composé d’une quinzaine de fans et de curieux. Cette interview va rapidement se transformer en quasi-monologue passionnant d’un auteur passionné…»
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Fallait pas fouiner dans les poubelles…
Il fut un temps, j’ai œuvré en tant qu’infographiste pour une société de ramassage et de traitement de déchets ménagers et industriels. Appelons cette société SENET.
Mon travail passionnant consistait, entre deux matages de divx, à reproduire des plans de collectes que l’on fournissait aux mairies, aux chefs d’équipes et aux chauffeurs. À ce titre, je recevais parfois la visite d’un chef de secteur que l’on nommera Serge.
Serge s’occupait de la collecte des conteneurs de certains grands hôpitaux de Paris. Concrètement, son camion benne se remplissait de sacs jaunes dégorgeant de déchets organiques, compresses, seringues, poches de stomie et autres joyeusetés médicales. Serge aime bien raconter des anecdotes et ne s’en prive pas, il devrait pourtant. C’est ainsi qu’il me narra l’histoire de ce tout jeune agent de propreté qui tomba malade après avoir renversé une poubelle de déchets hospitaliers. En effet, cette dernière laissa échapper une main amputée qui gisait sur le macadam, essayant de prendre la fuite telle La Chose de la Famille Addams…
Intrigué, je lui demande si l’on trouve souvent des membres dans les poubelles des hôpitaux. « Chais pas moé, t’sais, on r’gad pô dans et on crame tout à l’incinérateur» . Les déchets médicaux sont effectivement directement vidés dans un incinérateur de banlieue parisienne, sans contrôle aucun.
Paranoïaque de nature, une foule de détails me revient en tête soudainement. Mon entreprise a été montée par un russe expatrié il y a une quarantaine d’années. Ce self-made man, appelons-le monsieur Mavouszewski, ne connaissait rien aux ordures ménagères et s’est rapidement propulsé chef d’une des plus grande entreprise de propreté en région parisienne. Je plaisantais souvent sur la mafia russe, mais les nouveaux éléments apportés par ce bon Serge n’ont fait qu’alimenter mon scénario.
Imaginez : une organisation mafieuse, avec des tueurs à gages, appelés plus communément des nettoyeurs, dessoudant ça et là quelques personnes gênantes pour l’entreprise. Ils se pointent chez l’intéressé, lui ôtant tout moyen de protestation d’une balle dans la tête, puis le découpent en quelques morceaux de choix et enfin rangent le tout proprement dans des sacs opaques jaunes. Connaissant les horaires de ramassage des déchets hospitaliers, ils déposent cela dans les poubelles appropriés et repartent s’en jeter un derrière la chapka avant de rendre leur rapport au boss.
Les employés de Serge viennent ensuite prendre les poubelles, partent à l’incinérateur et quelques heures plus tard notre bon vieil opposant s’évaporera dans un splendide brasier. Un recyclage qui évite de nombreux squelettes dans le placard.

Après avoir retourné le problème dans tous les sens, j’ai décidé d’en savoir le moins possible afin de ne pas risquer ma tête en quittant mon ancienne société. Aujourd’hui, je suis dans l’électroménager, et les seuls bruits de couloirs que j’entends sont des histoires de tambour de machines à laver défectueux qui partent à deux mètres de haut, explosant la porte au passage. Bref, rien de bien méchant…
