La bourse me donne des pensées impures

L’économie peut paraître ennuyeuse comme un film de Kim Ki-duc, moi je trouve cela aussi excitant qu’un bon porno.

Vous flânez au rayon gay de votre sex-shop favori et votre regard est attiré par une jaquette : Glorywall Street. La quatrième de couverture est d’autant plus intense :

« John Smallballs est PD-G d’une banque d’affaire. En pleine faillite, il recontacte ses anciens amants, de torrides agents de transfert, afin de leur emprunter de l’argent en échange de relations des plus perverses, jusqu’au Gang Bang final où John élargira son marché étroit, asservit aux pires sévices.» 

La bourse, c’est un peu ça. Des cravateux spéculateurs précoces cherchant à multiplier les conquêtes de marchés. C’est à qui aura le plus gros portefeuille d’actions, la plus belle levée de plus-value. On étale ses stock options comme autant de sex toys qu’on veut s’introduire d’une prise ferme. On telescript-rose avec son client, l’excitant pour qu’il crache ses menus placements.

Mais à trop chercher l’inflation, on en oublie les sentiments. Et l’amour dans tout ça ? Il n’y a pas que Nikkei dans la vie, bande de Nasdaq ! La bourse se vide et les traders sont en pleine débenture. Ils simulent le mal de tête ou racontent qu’ils sont trop stressés afin d’éviter leurs rapports annuels. Le Viagra n’existe pas pour les places financières, l’érection des courbes en marché baissier n’est envisageable qu’avec la pendaison de Jean-Pierre Gaillard.

Je ne suis pas alter-socialo-anarcho-prout. Mon professeur d’économie me croyait marxiste, mes parents me rêvent socialiste, mais au risque de vous décevoir je ne suis qu’onaniste.

La bourse, c’est comme traverser l’autoroute : il ne vaut mieux pas y mettre les pieds. Je pense que je vais plutôt investir dans la pierre, l’immobilier c’est prouvé : ça ne baissera jamais !

Photographier, c’est mentir

Changer de point de vue comme on change d’objectif.

Je te déforme au fisheye, je te sublime en grande ouverture, j’accentue tes détails en macro, je te masque en contre-jour, je t’habille de lumière au flash. Je te lisse la peau mieux que n’importe quelle crème hydratante, je suis ton meilleur nutritionniste au régime miracle anti-cellulite, anti-peau d’orange.

Si tu n’as pas confiance en toi, tu te rassureras en regardant cette image fausse de ta personne. Tu seras fière de te montrer à tes petits enfants, en pleine décrépitude.
Nous changerons de décor comme une vulgaire pièce de théâtre, nous améliorerons l’histoire comme sous une propagande communiste.

Photographier, c’est trahir la réalité.

Une image comme un habit d’apparat. Une imagette en guise d’avatar pour mieux aguicher. On donne l’image que l’on accepte de soi pour séduire. Pas besoin de chic, de maquillage superfétatoire ou de photographie à la mode pour montrer son meilleur profil. La photographie d’aujourd’hui se rapproche des portraits d’artisans du Moyen Âge. « Voilà ta bourse peintre, dessine-moi au mieux pour l’éternité» .

Traite-moi, filtre-moi, compresse-moi, diffuse-moi. Mon visage codé en binaire perdu dans un réseau saturé de fragments de corps. Des millions de visages anonymes en quête de reconnaissance. Le piédestal est proportionnellement fragile au nombre de commentaires.
Que reste-t-il derrière nos écrans ? Des visages fatigués, envieux ou pervers, dispersés ou perdus comme les millions de bitsqu’ils absorbent.

On photographie pour s’accaparer sa propre vérité. On ment pour se faire plaisir, comme on amenuise son âge, en toute innocence. Le temps labourera nos corps et nous pourrirons tous.
La dernière image que l’on laissera derrière-nous sera un beau portrait encadré sur une cercueil, un ultime mensonge pour cette fois rassurer les autres.